Train de nuit
Une pluie fine s’abat sur les fenêtres du train ; je rentre chez moi. Le paysage nocturne se brouille, se dissout, se confond devant mes yeux entrouverts. Derrière moi, l’un des rares voyageurs profite de son repas, qui emplit l’air d’arômes épicés. Plusieurs lampes, censées éclairer l’intérieur du wagon, ne fonctionnent pas, ce qui plonge le compartiment dans une obscurité reposante. La voix douce et suave d’un chanteur résonne dans mes oreilles. Elle me berce, tout comme les vibrations régulières de mon siège. Parfois, le train s’arrête, des passagers se lèvent, puis descendent ; rares sont ceux qui les remplacent.
J’aperçois sur les quais les silhouettes de mes anciens compagnons de voyage. Leurs ombres dansent encore le long des murs du wagon, bien après le départ de leurs propriétaires. Ou bien est-ce mon imagination ? Les sièges sont vides. Je me complais dans la quiétude de ma solitude, seul parmi les ombres.
La voix s’est tue.
Je suis seul.
Une main secoue mon épaule ; je sors de ma torpeur et me rends compte qu’une silhouette sombre, imposante, se tient devant moi. Elle me scrute de toute sa hauteur. Elle me demande de descendre.
Déjà ?
Je remarque que la silhouette porte l’uniforme bleu nuit des contrôleurs du train. « Nous sommes arrivés au terminus » m’indique l’employé.
Cette fois, c’est sûr, j’ai raté mon arrêt.
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